C’était sous d’autres cieux, en d’autres lieus, dans un pays proche en des temps comme lointains. Je ne sais pas, je ne sais plus.
Un pays riche et fier ou un ménestrel chantait, depuis longtemps et sans espoir:
-« rasez les Alpes, qu’on voit la mer…. »
Sous ce ciel là, dans le lit blanc d’une chambre blanche, une fille dort, d’un sommeil étrange.
Dans son étrange songe, ondulent des murs, gondolent des rideaux, balance le lit, comme un bateau .
Oooooh…..Rasez donc les Aaaaalpes, qu’on voit
la Meeeeer …souffle le vent à son oreille, qui l’emporte avec le lit, la chambre et les rideaux, par delà les pics , les plaines , les vallées et les fils de rivière, loin dessous.
S’envole la chambre blanche, avec dedant le lit et la fille au sommeil étrange, vers d’autres cieux, vers d’autres lieux ;
Le Songe est si fort, que la chambre s’y pose, toute claire et ouverte à la lumière sur la falaise battue par les flots.
Je ne sais ou, je ne sais plus…
Et la fille en sommeil se lève et ouvre ses grands yeux vides sur son rève, tout ça si beau dessous, et le ciel partout.
On ne raconte pas les étranges délires, n’est-ce-pas ?
Cela se tait, ne se fait pas !
On ne dit pas des choses folles, comme un soleil qui jetterait un pont lumineux jusqu’aux pieds d’une fille aux yeux et à la tête vide ; et des peu probables démons bleus hurlants qui viendraient de nulle part juste pour l’écraser , cela ne ressemble à rien !
Même dans un rève étrange, les ponts de Lumière qui viennent du soleil, ça n’a pas comme ça, d’horribles monstres dessus, qui hurlent de colère et de haine.
Et quand tout ça se décroche et quand ça tombe lentement dans la mer, cela n’éclabousse pas ainsi les filles, et les lits, et les chambres d’eau claire et fraiche qui coule partout.
Et une fille, même aux yeux et la la tête vide, cela ne devient jamais, tout d’un coup un minuscule pantin de papier tout mouillé.
Et puis un pantin de papier, même tout mouillé, cela n’a jamais une source d’eau magique, si claire, si cristaline qui jaillit soudain de la bouche.
De plus une si joie source, au chant si doux, cela ne peut pas ainsi creuser la terre et le rocher, comme un acide, dans une buée légère !
Ce-la n’ex-is-te-pas !!! Tout le monde sait ça ! Pas plus que les fourmis de dix-huit mètres, les dragons, les fées et ces fantasmes de poètes…
Pourtant…
Pourtant le pantin de papier suit en tremblant le trajet crépitant de cette impossible source.
A travers champs, par monts et par vaux, il va ; il longe les chemins, coupe les sous-bois et en plein soleil sur la roche dure jusqu’à cette longue cascade, qui sort de lui au travers de la falaise et s’irrise tout en bas dans les vagues…
Par quelle abbérante magie tourne- t’il maintenant dans le vent, lentement, accroché au ciel, au bout d’un fil d’argent ? Suspendu au rien au dessus des flots, avec l’eau de sa source qui se marie à son autre eau qui tombe en bruine fine jusque dans la mer… ?
Dites, dites moi pourquoi…
Comment couper le fil qui emmène dans l’angoisse des choses qu’on ne comprend pas ?
Sous cette chute bruissante, une grande flaque d’Or s’étale ; tout s’apaise ; elle est luisante et douce comme une huile et s’étire jusqu’au loin. Et là-bas, les pans de la falaise s’écroulent en silence, dés que cet Or la touche.…
Paix, tranquillité sereine dans la brise légère.
Soudain ce bruit porté par la brise et « papa-bon-dieu », tout barbu, celui d’avant, sur son petit caboteur cahottant…imprudent, l’inconscient pécheur distrait qui n’entend ni les cris, ni les sanglots emportés par le vent.
Non… ! Oh non… !!
Adieu à toi, danse la canne, la canne à pêche et le chapeau .
Et le grand bateau blanc, avec dessus cette foule en fète, les amis des jours d’antans, leurs prèches, leurs prières et leurs chants, qui toisent comme des étrangers, apitoyés ou méprisants , le petit pantin perdu qui flotte là-haut, au bout de son fil d’argent.
Ils ont entendus l’avertissement mais n’ont pas écouté ; ils n’ont pas voulu voir, là-bas, les rochers s’écrouler dans les flots.
Ils sont rentrés, moqueurs et sarcastiques dans l’Or de la mer ; et l’Or les a dissous.
Il a juste gardé comme un clin d’œil énigmatique, dansant sur lui, l’échos de leurs cris, les canotiers, les conféttis, les serpentins, et des centaines de ballons multicolores.
C’était si triste qu’ils aient ri ; c’était si beau, tout ça , dansant dans la vibrance silencieuse des rayons du soleil, avec ce bleu profond tout autour.
……Et maintenant, dites…
Dites moi comment raconter ce Poisson énorme comme une montagne paisible, qui a émergé len-te-ment, làààà….de dans la flaque d’Or….et qui a regardé le pantin de papier accroché à son fil, avec ses larmes et sa tête vide, avec tellement…tant de.. d’amour, oui, D’AMOUR ! Et respirant une paix si étale…
Et il a aspiré, longuement, l’immense lac d’huile dorée et tranquille qui brillait sur l’eau, et avec lui, les ballons, les conféttis, et les chapeaux…
Il en est devenu immense jusqu’à l’horizon.
Un Poisson grand comme un mont scintillant et nacré, grand comme la mer, comme un pont vivant, de la falaise jusqu’à
la Lumière de là-bas, à l’autre bout du monde….
Merveille, oh merveille merveille de silence, d’amour et de paix.De perfection, de complétude sans question.
Le pantin au yeux vides, mouillés de larmes est devenu la fille aux longs cheveux, debout sur l’herbe de la falaise, là, devant son Pont-Poisson-d’Or.
Le vent dans la tête, du silence plein le cœur, et ce sourire de bonheur sur les lèvres, elle a fait Le Pas Sur le Vide, et elle c’est mise en marche…
C’est une fille qui se reveille d’un long sommeil de mort, au bout d’un étrange voyage à travers les peaux d’âmes au pays d’outre tombe, dans le lit blanc de la chambre blanche d’un hopital inconnu.
Sous d’autres cieux, en d’autres lieus, mais peu importe.
Un pays riche et fier, ou, depuis longtemps, et sans espoir, croyait-on…un ménestrl chantait : « rasez, rasez les Alpes qu’on voit la mer. »
Une histoire vraie ….Un rève, qui n’en était pas un ; Les seules images d’un long coma, après les indicibles découvertes faites lors de cette mort clinique qui m’a ouvert les yeux.
Et je songe à à ce pantin de papier, à cette source qu’il suivait, à ce flux, aux paroles dissolvantes , à cette flaque d’or paradoxale avalée par le poisson magique, à ce pas dans le vide, à cette paix dedant, sans quète, sans questions ;
Cette histoire qui m’avait si longtemps laissé un goût d’incompréhension douloureuse et qui commence enfin à prendre sens et évidence...
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